Le 24 mars 1999, une coalition de fer et de feu, à laquelle le gouvernement français eut la criminelle faiblesse de s'associer, envoyait ses aéronefs, à bonne hauteur, bombarder la Serbie rebelle et mal pensante. Un an après, quatre mousquetaires de notre Compagnie sont allés voir, interroger, comprendre et témoigner.
L'attaque contre la Serbie avait des raisons dites humanitaires. On ne peut pas nier que des atrocités aient eu lieu et nous ne reviendrons pas sur les polémiques de chiffres et de statistiques. Nonobstant, jour après jour, la vérité se déplace et la distinction opérée l'an dernier entre anges et démons se liquéfie peu à peu. Le Kosovo sera bientôt ethniquement pur, mais à l'envers. Nos penseurs de salon semblent prêts à le reconnaître, mais le mal a été fait, et ils sont, quant à eux, tranquillement certains d'avoir toujours eu raison.
Au rebours de ces cabotins, il serait absurde d'idéaliser les Serbes et d'en faire, par simple confort esthétique, le môle héroïque d'une
résistance au nouvel ordre mondial. Les Serbes n'ont pas besoin de ce poids supplémentaire sur leurs épaules, et le monde a bien assez d'un Cuba. Les Serbes ont besoin d'être soutenus intelligemment, et c'est le rôle naturel de la France que de le faire.
Mais la France légale ne pense qu'à se débarrasser de son exception, à se fondre dans une Europe toujours plus uniforme et alignée, dans une OTAN qui n'a plus de raison d'être. Elle veut en donner des gages supplémentaires. Si les soldats français au Kosovo, proches des réalités du terrain, sont souvent admirables de dévouement, à Belgrade, c'est la France qui applique le plus durement les sanctions, laissant souplesse et accommodements aux Allemands, aux Anglais et même aux Américains qui s'empressent d'y ramasser ce qu'il nous restait d'influence. Nous avons pu le constater de près, et cela nous a mis la rage au cœur.
Ces pages sont une trop brève évocation de notre voyage.
COMME QUOI TOUT N’EST PAS SI SIMPLE...
Pour diaboliser, il faut simplifier. On présente donc la Serbie en quelques formules lapidaires et définitives. Or c'est la société occidentale, qui s'uniformise toujours davantage autour d'un modèle culturel mondial et unique, qui est de plus en plus simple, alors que l'isolement auquel on a contraint la Serbie la transforme en champ clos protégé, en laboratoire de la complexité, où trois forces antinomiques se côtoient sans se composer, sur fond de dénuement et de détresse, pour former un mélange détonnant et imprévisible : il y a la société communiste, qui n'a plus rien de marxiste, mais qui est restée très présente dans les mentalités et les comportements, à l'image de ce qu'elle fut ailleurs avant le chute du Mur ; il y a le mirage américain, autant haï que partout désiré ; et il y a la dimension spirituelle, qui, au-delà de l'église orthodoxe en ses institutions, rappelle à chacun le fil ininterrompu de siècles de malheurs et de souffrances. Chaque Serbe contient en lui-même trois Serbes différents.
Aucun ne saurait triompher des deux autres sans traces ni séquelles. Il va bien falloir, pourtant, que ce maudit mélange disparaisse du devant de la scène, car rien de bon n'en sort, et rien de bon n'en pourra jamais sortir. C'est un véritable poison qui conduit le peuple serbe à se montrer tour à tour frondeur et abattu, impulsif et résigné, victime consciente et consentante d'un immense complexe de persécution, ô combien fondé, mais délétère et porteur de réactions imprévisibles et irraisonnées qui ne peuvent qu'aggraver son mal.
Il faut faire comprendre aux Serbes qu'ils ne peuvent s'en sortir qu'au prix d'une double révolution culturelle : d'abord cesser de geindre et de se complaire à geindre, ensuite exister par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Ce message de vérité ne peut être délivré que par un ami, un ami de confiance et de longue date. C'était à la France de jouer ce rôle. N'épiloguons pas sur la triste attitude de nos dirigeants ; leur erreur, qui est une grave erreur politique, ne tient sans doute qu'à leur profonde méconnaissance de l'Histoire et de la réalité de nos intérêts géostratégiques.
Quant à nous, modestement et ne représentant que nous-mêmes, nous nous sommes efforcés d'être, le temps d'une visite, cet ami, en donnant à ce mot la plénitude de son sens.
Mme Albright, qu'on dit avoir gardé de sa jeunesse, au temps où son père était en fonctions à l'ambassade de Tchécoslovaquie à Belgrade, une profonde aversion pour les Serbes, n'a pas craint d'affirmer qu'elle n'en avait que contre Milosevic, mais rien contre le peuple serbe dont elle s'est prétendue l'amie. Moyennant quoi, Milosevic est toujours là, son pouvoir est renforcé, alors que le peuple souffre toujours davantage de l'embargo, des destructions et de la misère.
Surenchérissant dans le crétinisme et l'ignominie, les Quinze réunis à Lisbonne, en compagnie du sinistre Solana, ont envisagé un accroissement des sanctions, réaffirmé que ce n'était que "pour faire plier Milosevic", et appelé à "un sursaut de la société civile serbe pour renverser le pouvoir". Sans doute est-ce en bloquant les frontières, en refusant d'accorder des visas, en interdisant les échanges universitaires et culturels, en cessant d'aider les professeurs de français, en cessant d'envoyer livres et revues, en prolongeant l'embargo sur les médicaments, que l'on favorisera le développement d'une "société civile" ? Ou alors, est-ce un appel à l'insurrection armée ?
ICÔNES ET CARTES POSTALES
Hervé et Philippe arrivent le Dimanche 19 Mars en soirée. Les visas n'ont été obtenus que la veille, après de longs jours d'attente et de démarches sans cesse renouvelées ; aussi c'est presque par miracle s'ils sont là, à la date prévue. D'emblée, la traversée de l'aéroport leur donne un avant-goût de ce qu'ils vont trouver. Impression de vide dans ce grand bâtiment cubique où les commis des guichets d'enregistrement ne délivrent de billets d'embarquement que pour de rares destinations amies, Athènes, Moscou ou Pékin. Mais dans le même temps des publicités rutilantes vantent les mérites des principes culturels adverses : Mac Donald, Coca-Cola et autres pizzas. Toute la ville offre ce contraste entre la grisaille et le délabrement du béton titiste et la flamboyance des thuriféraires de la décomposition gastrique occidentale. Rien n'est prévu pour nos compères, sauf leur hôtel. Mais voici l'ami d'un ami, prévenu on ne sait comment, qui vient les retrouver. Et l'acclimatation se fait en un tournemain. Quand Christian et François arrivent à leur tour, quarante-huit heures plus tard, un programme d'enfer de visites et de rendez-vous les attend.
Le point d'orgue est fixé au vendredi 24 mars, anniversaire de l'entrée en guerre de la NATO. Alors qu'au début de la semaine nous étions sous la neige, le temps se met subitement au beau fixe. Le rendez-vous est fixé à 11 heures, et il fait 20 degrés : c'est le point le plus chaud d'Europe, présage favorable ! Nous sommes devant le monument à l'amitié franco-serbe, au cœur du parc de Kalemegdan.
Édifié en 1930, il porte d'un côté l'inscription "A la France", et de l'autre, en serbe cyrillique, la fameuse phrase "Aimons la France comme elle nous a aimés, 1914-1918". Quand les bombardements commencèrent, il fut tout entier recouvert d'un crêpe noir. Il porte encore des graffitis vengeurs. A quelques encablures se trouve notre ambassade, une des plus belles constructions de Belgrade, toujours fermée. La France officielle est absente, oublieuse, mais nous sommes là. François dépose une immense couronne de roses et de lys, visible jusque dans l'alignement de la grande rue piétonne qui conduit au parc. Philippe jette sur le monument quelques poignées de terre de France, du Bourbonnais plus précisément, apportée pour la circonstance. Et Christian prononce une brève allocution qui sera largement reprise par la presse locale et la télévision. Des badauds se joignent à nous pour une minute de recueillement. A 11 heures 15, tout est fini. Nous avons tous connu ces cérémonies officielles ennuyeuses, corvées où tout est convenu, hypocrite et sinistre. Celle-ci, nous l'avons imaginée, organisée, financée et réalisée nous-mêmes. Elle fut brève, intense, émouvante, sincère, chaleureuse, authentique.
Après la solennité, le rire. C'est le seul moyen efficace de traiter les affaires graves. Pour conjurer la sourde détresse ambiante, la bonne humeur était de loin préférable à la surenchère dans la compassion. Pendant une semaine, nous avons fait bombance et honneur à nos traditions gauloises.
Le raki serbe n'est pas le raki turc, qui est le frère jumeau de l'ouzo grec ; c'est le nom générique donné aux eaux-de-vie de fruits, la fameuse slibovitsa, qui est de l'alcool de prune, mais aussi d'abricot, de poire... breuvages incandescents et enchanteurs, dont nous fîmes grand usage, pour notre plaisir bien sûr, mais aussi pour notre sécurité : car le raki aplanit les gaffes, fait gagner la confiance, force les confidences. 11 n'y a guère de présence policière dans la rue ; on y dit ce qu'on veut, on y fait ce qu'on veut. Les voitures se garent n'importe où et circulent n'importe comment. C'est la Liberté ! François est ravi. Cependant les structures d'encadrement policier de la société, mises en place par Tito, sont toujours là, omniprésentes. Le plus sympathique interlocuteur peut cacher un agent de renseignement. On apprend incidemment que tel opposant farouche rencontré la veille était naguère commissaire politique du régime. Même le plus sincère viendra prêcher le faux pour savoir le vrai. Alors, le raki est la meilleure des rhétoriques.
UNE DYNASTIE POUR L'AVENIR
Formés à l'époque de Tito, les dirigeants du pays semblent néanmoins éprouver un certain respect, et même un respect certain, pour la famille royale. On peut toujours avoir besoin d'un recours... Toujours est-il que les choses n'ont pas traîné. A peine avions-nous fait part de notre souhait de visiter la nécropole des Karageorgevic et de rencontrer le Prince Tomislav que nous recevions l'assurance que tout serait mené rondement. Voiture officielle, chauffeur, dîner de gala... nous terminons en beauté.
Dernier fils du roi de Yougoslavie assassiné à Marseille en 1934, le Prince s'excuse de s'adresser à nous en anglais. Mais il tient à préciser : du bon anglais, pas de l'américain. Contrairement à son neveu, l'héritier du trône qui vit à Londres et qui ne parle pas serbe, il a tenu à venir se réinstaller dans la maison familiale et à demeurer près du peuple. I1 nous reçoit longuement, avec une grande cordialité : quel service pourrait-il rendre à son pays ? comment sortir de cette situation épouvantable ?
Le Prétendant conserve malgré tout de nombreux partisans. Mais il paye le prix d'un trop long exil. Sa mère, grecque, ne croyait pas à une possible restauration, et l’a tenu éloigné de la langue et de la culture serbes. En fait il s'est attaché à apprendre le serbe, mais sur le tard, et on lui reproche de le prononcer avec un accent croate. Son oncle estime qu'il fait trop confiance aux promesses des chefs politiques de l'opposition, alors que c'est l'ensemble de la classe politique qui, selon lui, est profondément déconsidérée. 11 faut, insiste-t-il, qu'il vienne ici partager les misères du peuple.
Notre journée du 24 Mars a été rude, comme les précédentes, et comme le sera la suivante. Les Belgradois ont manifesté, défilé, dansé, chanté. Il est minuit passé, le restaurant où nous sommes va fermer ; il est grand temps d'aller se reposer. Mais Branko nous a entendus. Il a beaucoup bu, mais ce n'est pas le pochard au bout du rouleau : il veut nous parler. Et comme il ne connaît que le serbe, il s'exprime par gestes, et ce n'est pas très clair. Il nous montre son passeport militaire : il a fait toutes les campagnes, Croatie, Bosnie, encore et encore la Bosnie, puis le Kosovo. Nous le dévisageons : est-il recherché par le Tribunal pénal international ? A-t-il une tête de criminel de guerre ? Nos cinq pouces pointas vers le sol, l'autre main levant un verre de slibovitsa, nous envoyons de concert et bruyamment la Nato, Kouchner et Clinton à tous les diables. Mais quand Branko entreprend de nous vanter les mérites de son grand chef Slobodan, nous restons de marbre. Et il comprend, désappointé, que ce n'est pas de notre part qu'un refus poli d'ingérence. Branko est-il un indic, un type sincère, ou rien qu'un paumé à la dérive, comme tant d'autres qui ont reçu un petit pécule pour brandir le portait du Président pendant le défilé ? Il est trop tard pour y réfléchir, et cela ne nous intéresse pas ; nous prenons fermement congé. Mais quelques minutes plus tard, il nous rattrape dans la rue. Il nous dit simplement : "French... soldiers... Mitrovica... merci... merci". Et il disparaît dans la nuit.
DES PONTS PLUS SACRÉS QUE DES TEMPLES
Ferenc est sculpteur. Hongrois d'origine, il a passé plusieurs années en France où il a perfectionné son art. I1 habite Novi Sad, face au fleuve. De son balcon, on voit les ponts sur le Danube, trois ponts, tous détruits l'an passé. Pourquoi ? Novi Sad est au nord de Belgrade, alors que le Kosovo est au sud. Voulait-on ruiner l'économie du pays, en coupant les communications ? En rendant impossible la navigation sur le Danube, ce sont tous les pays avoisinants qui sont pénalisés. Il soupire : "Si on m'avait dit que ces ponts massacraient les enfants au Kosovo, je les aurais fait sauter de ma main ! " Novi Sad est gouvernée par l'opposition. Or ce sont les villes d'opposition qui ont été le plus bombardées. Pourquoi ? Plus de 50 000 personnes passaient le fleuve chaque jour pour aller travailler sur l'autre rive. Ferenc est devenu un vrai Serbe, il passe sans transition du désespoir à la dérision. A l'époque, si certains étaient terrorisés par les avions et se réfugiaient dans les caves, d'autres comme lui continuaient à vivre comme si de rien n'était, car ils savaient bien qu'ils ne pouvaient rien y changer. "Nous avons rapidement trouvé une parade aux bombes à graphite. Après une demi-heure de panne totale l'électricité commençait à revenir. Et puis, avec les incendies provoqués par les bombardements, les nuits devenaient aussi claires que les jours. On sortait comme pour voir un feu d'artifice". Plus grave, il exprime l'idée que la destruction des ponts sur le Danube exprime la volonté de rétablir une coupure entre l'Orient et l'Occident, entre le "civilisé" et le "barbare". Il nous donne cette citation d'Ivo Andric, le prix Nobel auteur d' "Il est un pont sur la Drina" : "De tout ce que l'homme érige et construit, guidé par le fil de sa vie, rien n 'est meilleur et ne vaut plus à mes yeux que les ponts. Ils ont plus de signification que les maisons et sont plus sacrés que les temples. Appartenant à tout le monde, utilisés et construits en des endroits où les hommes ont besoin de se rencontrer, ils sont plus pérennes que les autres bâtisses et n'ont aucune fonction pour ce qui est obscur ou mauvais".
Novi Sad a ainsi connu plusieurs fois dans son histoire la destruction de ses ponts, mais ils furent chaque fois reconstruits, plus beaux qu'avant. Mais qu'en sera-t-il cette fois ? Le Danube est aussi large que l'estuaire de la Seine, et la Serbie ruinée ne peut faire face à une dépense de cette ampleur.
Rendons à César ce qui est à César : Christian est le petit-neveu d'un maréchal, voïvode de Yougoslavie. Il en deviendra, au hasard des traductions, l'arrière-petit-fils, le petit-fils, et même une fois le fils, au diable l'anachronisme !
Le "Franchet d'Espèrey" est l'un des restaurants les plus chics de Belgrade. L'addition moyenne y est de 150 de nos francs, ce qui nous permet sans problème d'y inviter deux universitaires serbes et francophiles à qui nous faisons découvrir cet endroit où ils n'avaient jamais osé entrer. Le dîner représente pour eux un tiers de leur salaire... Mais Zoran que nous rencontrons là-bas, lui, roule en Jaguar. Il a la tête du mafieux, les manières du mafieux : plus vrai que nature. C'est un habitué des lieux. Apprenant qui est Christian, il s'approche de nous pour lui demander si, par hasard, il ne serait pas venu là exiger des royalties pour l'utilisation de son nom, voire menacer le maître de céans de quelque procès. Mais Christian est grand seigneur. Il n'a pas les manières des héritiers de Marc Bloch. Il explique calmement que le nom qu'il porte, celui de l'illustre voïvode, n'appartient qu'à l'Histoire et non à lui-même. Libre à chacun d'en faire l'usage qui lui plaît. Zoran n'est pas certain d'avoir compris, mais il se le tient pour dit. Et il nous fait apporter une bouteille de cognac hors d'âge, un de ces flacons de prestige qu'on trouve dans les boutiques des aéroports. Nous lui faisons un sort dans la demi-heure qui suit. Nos amis participent, gênés aux entournures, au sacrifice de ce divin breuvage qui vaut trois mois de leur salaire.
Mais l'espérance, comme il se doit, vient surtout des religieux. En Voïvodine, près de Novi Sad, l'higoumène Porfirie, dans son calme monastère de Kovijlj, attire des foules de jeunes. Il trouve les mots qu'il faut pour les convaincre que la vie intérieure est plus épanouissante que la jouissance des facilités matérielles : elle est la seule vraie réponse à la terrible crise que subit la Serbie. Les personnalités qui passent dans ce havre de paix s'y transforment en enfants.
Au patriarcat de Belgrade, le Patriarche Paul, patron de l'église de Serbie, frêle vieillard à l'épaisse barbe blanche, nous reçoit longuement. Il a été évêque au Kosovo. Il décrit avec émotion l'étendue des destructions d'églises et de monastères qui ont eu lieu dans cette région, après la fin des hostilités, précise-t-il : ce ne sont pas des actes de guerre, mais la mise à mort délibérée d'un patrimoine irremplaçable et la profanation des sépultures parce que tout cela était attaché au christianisme. Mais cet homme, qui a voué sa vie à la prière, écarte d'emblée toute idée de vengeance : "Si Dieu a permis le mal, nous devons le subir, l'accepter, et essayer de comprendre. Il doit y avoir de la place pour tout le monde au Kosovo. La réconciliation est devenue très difficile, mais pas impossible. Si, parmi nous, nombreux sont ceux qui ont oublié que nous sommes frères, il faut que nous nous souvenions au moins que nous sommes des hommes, et aussi que Dieu, et tous les hommes de bonne volonté, ainsi que notre intérêt commun exigent de nous que nous nous comportions comme des hommes ".
François-Marin Fleutot
Christian Franchet d’Espèrey
Philippe Kaminski
Hervé Simon